samedi 16 janvier 2027 à 15 h 30
Matthias Grünewald (vers 1470 -1528)
Conférence d’histoire de l’art par Sylvie Testamarck

Une des figures majeures de la peinture religieuse de la Renaissance du Nord. Analyse d’une œuvre exceptionnelle : le Retable d’Issenheim.
L’œuvre de Matthias Grünewald, peu abondante mais d’une intensité exceptionnelle, culmine avec le Retable d’Issenheim aujourd’hui visible au musée Unterlinden à Colmar. Commandité par l’ordre hospitalier des Antonites, il ornait le maître-autel de la commanderie d’Issenheim. L’ordre des chanoines hospitaliers y recevait les malades venus prier Saint Antoine, protecteur et guérisseur du terrible « mal des ardents »* qui sévissait alors.
Le Retable d’Issenheim est un polyptique dont on modifiait l’ordre de présentation en fonction des fêtes liturgiques. Conçu pour l’édification morale et spirituelle des malades, il propose une vision radicale de la souffrance et de la rédemption. À rebours de l’idéal d’harmonie incarné par Albrecht Dürer, Grünewald use ici d’un langage pictural très singulier dont s’inspirera l’expressionnisme moderne : dramatisation des corps et des affects, déformations expressives, intensité des couleurs. À cette violence expressive répondent pourtant des scènes lumineuses. Il s’agit en fait d’un parcours, tout à la fois visuel et théologique, allant de la douleur à l’espérance. En incarnant visuellement la souffrance et sa transcendance, il permettait sans doute aux malades de supporter leur douleur et de lui conférer un sens, à la fois spirituel et existentiel.
Tombé dans l’oubli après sa mort, Grünewald est redécouvert à l’époque moderne et reconnu comme une figure essentielle, précisément en raison de cette puissance stylistique. Son œuvre demeure une exploration radicale de la condition humaine où la peinture devient le lieu d’une confrontation directe entre souffrance, foi et possibilité de salut.
S.T
* Il s’agit de l’ergotisme, une maladie liée à la consommation de céréales contaminées par un champignon, l’ergot de seigle.
Entrée libre adhérents et – de 18 ans
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