Projet de création de Golnaz Behrouznia
Nymphal - Fluid Territory
de septembre 2024 à juin 2025

Les insectes constituent plus de 50 % de la biodiversité. Ancêtres des animaux terrestres, ils sont au cœur de l’équilibre de notre écosystème. Le monde des insectes est perçu comme étranger, parfois dangereux pour les humains. Pourtant, sur plus de 40 000 espèces recensées en France, seulement une vingtaine est réellement nuisible. Selon certains sondages près de 40 % des espèces d’insectes sont en voie d’extinction. L’impact de la vie moderne, l’urbanisation, l’artificialisation des sols, la pollution, les changements climatiques, menacent fortement cette classe.
Note d’intention de l’artiste
Je ressens un intérêt fort pour revisiter et remettre en scène, par la création artistique, la rencontre des humains avec des insectes.
Le développement envisagé du projet Nymphal, réunit aujourd’hui plusieurs acteurs culturels et scientifiques et part d’une inspiration de re-connexion avec le vivant : l’objectif de Nymphal étant de proposer une expérience sensible et énigmatique, permettant de revisiter la relation de l’homme avec la nature en interrogeant notre répulsion, mais également notre fascination pour les insectes.
Beaucoup d’insectes ont une apparence qui peut sembler étrange pour l’homme : leur corps en segments, leurs antennes, leurs pattes nombreuses, leur exosquelette dur et brillant, leurs textures, le toucher collant ou velu. La peur des mues, des larves est fréquente chez les humains. Leurs rapports à la décomposition nous dégoutent. D’autre part, leurs mouvements rapides et imprévisibles nous dérangent. Le côté surprise aussi nous déplait : un insecte peut apparaître soudainement, grimper sur la peau ou fréquenter dans des espaces clos. Leur présence en grand nombre, comme les fourmis, les termites nous fait peur. Certains, comme les puces et des moustiques sont parasites ou nuisibles pour nous. Certaines mouches et certains moustiques sont vecteurs de maladies. Certains sont parfois allergisants. Aussi culturellement les a-t-on beaucoup associés à des symboles et mythes maléfiques malgré leur grande importance pour le fonctionnement de la chaîne du vivant et la survie des écosystèmes terrestres.
Je n’ai pas d’insecte préféré, mais une fascination pour le vivant et ses différentes facettes, pour les inventions de la vie et sa force qu’elle déploie pour s’adapter. Je suis éblouie par les formes, écosystèmes et stratégies de vie de la classe animale des insectes, dans l’arbre phylogénétique.
Cependant, un des éléments qui m’a motivée à imaginer ce projet, et à prendre l’axe de fascination/répulsion est ma peur d’enfance des grandes blattes des habitations en Iran. Dans ce projet, j’ai choisi des termites, car ce qui me fascine chez ces insectes destructeurs et ravageurs, méprisés et dans l’ombre, est à la fois leur organisation unique et extraordinaire, leur sens du collectif et leur architecture extrêmement bien pensée. Enfin ils sont un excellent exemple d’insecte qui déclenche en nous la dualité répulsion/fascination. Ces insectes sociaux suscitent chez nous à la fois une profonde peur et une grande admiration, selon le contexte.
Les termites jouent un rôle crucial dans les écosystèmes naturels, notamment en décomposant la matière organique morte, en recyclant les nutriments dans le sol, et en fertilisant les prés et les forêts : une fonction écologique vitale qui invite à un respect croissant, notamment dans le contexte de sensibilisation environnementale d’aujourd’hui.
Notions artistiques
– Inversion d’échelle
L’œuvre questionne le rapport d’échelle entre les insectes et les humains en l’inversant et en donnant une transcription scénographique aux questionnements sur l’avenir de l’espèce humaine.
– Question de territoire
Dans la relation des humains aux insectes, Nymphal est inspirée des questions de territoires et d’interpénétration des populations d’humains et d’insectes. Ici l’architecture d’insectes, dans la salle d’exposition : l’architecture humaine. D’autre part, l’œuvre pose la question de l’invasion entre espèces. La dimension de la structure pourra poser de fait la question de qui envahit qui.
– Principe de Nid
L’ensemble forme un milieu inspiré d’organisations du nid, celui des termites, où les castes de la colonie se superposent avec l’organisation des galeries de la termitière. il se situe à mi-chemin entre les formes animales, un corps unis, d’une part, et des formes architecturales d’autre part.
– Rencontre super-Organisme
Le statut de “super-organisme”, correspond au niveau d’organisation des insectes sociaux. La termitière est une entité en soi, composée de milliards d’individus, réunis en un corps unique cohérent. Le spectateur reste dans l’ambiguïté de ne pas savoir s’il s’agit d’un insecte géant en évolution, ou d’une société animale opérant une mue collective.
– Forme et dispositif entre robotique et biomimétisme
Nymphal est imaginé sous la forme d’une installation multi-sensorielle. Les recherches artistiques et technologiques en lien avec la vie entomologique et l’anatomie des termites, permettront de développer des directions graphiques et comportementales de l’entité Nymphal. Des technologies inspirées englobent des mécanismes mouvants comme des systèmes souples, des membranes robotiques, des matériaux réactifs, flexinol, bilame, des fibres lumineuses, des dispositifs d’odeur. D’autre part une recherche sera menée sur la confrontation des technologies numériques aux matériaux organiques, flexibles ou réactifs, comme des peaux aux matières végétales, champignons, peaux synthétiques comme du latex, des tubes silicones, ou des mélanges de terreaux et de minéraux, en accentuant les contrastes au sein de ce corps.
– Comportements et captation de l’environnement :
Le programme informatique de Nymphal doit définir un répertoire de base, un alphabet comportemental sensible et esthétique, entre le son, la lumière et le mouvement, inspiré de la vie des insectes, les termites, leurs colonies, leurs castes et leurs activités, faisant apparaître le super-organisme comme un seul et même corps géant. La structure de l’œuvre, pensée à la fois comme un nid, une forme architecturale, émerge de l’espace de l’exposition.
Nymphal comme tout système vivant évolue au cours de l’exposition dans ses comportements en temps réel. Les comportements du super-organisme refléteront plusieurs états. Ils passeront des comportements classiques de son métabolisme générale, à des comportements liés à son environnement, par exemple lors d’une « menace » extérieur, un retrait du super-organisme se produirait, résultant un ralentissement de ses activités.
– Planches d’évolution de l’« organisme »
Dans une partie complémentaire de l’installation, Nymphal devient l’objet de son étude : des planches artistiques-scientifiques, présentant ses organes et ses caractéristiques, et développe des éléments visuels et textuels autour de notre lien avec Nymphal. Des écrans de visualisation, nous laissent entrer dans sa logique d’évolution. A travers ces éléments, le visiteur peut davantage entrer dans l’histoire du “super-organisme” et suivre son évolution journalière.
Ressources scientifiques
Des interactions de plusieurs mois avec l’entomologiste Frédéric Legendre offrent une étude précise sur la vie des termites et leur fonctionnement. D’autres collaborations scientifiques en entomologie et en ethnologie sont prévues et pourraient aider la suite du développement du projet. Cela permettrait de comprendre davantage les caractéristiques des faunes entomologiques, les fonctionnement de différentes espèces et insectes sociaux, ainsi que les relations et les territoires entre les humains et les insectes. Recueillir grâce à ces échanges, les données qui semblent inspirantes à l’idée du projet.
D’autre part l’étude à travers des documentations scientifiques et philosophiques aident à imaginer les sens et les formes de l’œuvre. La découverte et la lecture du livre “La vie des termites” de Maurice Maeterlinck a fortement apporté dans mon inspiration de la vie sociale de ces insectes d’un point à la fois scientifique, littéraire et philosophique. Les recherches, expérimentations et prototypages artistiques, technologiques et techniques par la suite, permettront de définir au mieux les directions formelles et comportementales de l’œuvre.
Rencontres avec les publics
Rencontres-débats
– samedi 18 janvier à 15 h 30
Nymphal : une rencontre avec le insectes, en compagnie de Manuela de Barros, philosophe et théoricienne des arts, et de l’artiste
– samedi 22 mars à 15 h 30
Écologie des insectes, en compagnie d’un chercheur invité et de l’artiste
– samedi 24 mai à 15 h 30
Isoptera : ces insectes sociaux, en compagnie d’un chercheur invité et de l’artiste
Atelier ouvert
Chaque jeudi, hors vacances scolaires, l’espace d’atelier de Golnaz Behrouznia ouvre ses portes. Situé au cœur de la structure, il permet à chacun.e de découvrir le travail en cours et de s’imprégner de la démarche de l’artiste.
Projet de création en milieu scolaire
Après avoir explorer les notions de vivant et non-vivant, les caractéristiques des insectes et la géométrie dans la nature, les élèves de la classe de CP/CE2 d’Amandine Charron de l’école Jean-Moulin seront amenés à échanger autour de leurs insectes idéaux ou démons afin de pouvoir transcrire ces ressentis en dessin, donnant alors forme à leur propre insecte chimérique.
Mais comment ces insectes vivent-ils ? Quelles formes leur nid pourrait-il prendre ? C’est bien ce nid, centre de l’activité des insectes et de leur vie « sociale », que les élèves seront amenés à concrétiser par le volume en compagnie de Golnaz Behrouznia.
Visites commentées pour les groupes et individuels
Visites commentées autour d’œuvres d’art contemporain présentées au centre d’art et permettant une prolongation de la réflexion menée autour du vivant.
Visites-ateliers scolaires
Visites-ateliers en direction des élèves de primaire et secondaire pour aller à la rencontre du travail engagé par l’artiste proposant un temps de rencontre avec une œuvre suivi d’une mise en pratique permettant de développer l’un des axes abordés.
Un projet développé en partenariat avec le Crossed Lab, le Petit FabLab de Paris, le Lab86, l’Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité (UMR ISYEB 7205) du Muséum national d’Histoire naturelle et soutenu par la Région Ile-de-France (Service EAC et résidences)
